Lucca, 5 juillet 2009 - Après un long parcours, nous avons finalement eu l'accord pour
rencontrer le batteur le plus imprévisible qui soit sur scène à l'heure actuelle. Il s'agit de
Carter Beauford, la machine dirigeant à merveille un des groupes les plus inventif et
authentique sur la scène musicale actuelle : le Dave Matthews Band. La rencontre accompagne
le très attendu concert de Lucca, qui ramène le groupe en Italie après une absence de 11 ans,
dans le cadre d'une tournée pour la promotion de leur incroyable dernier album Big Whiskey And The GrooGrux King.
Le rendez-vous est prévu pour 5h de l'après-midi à côté de la scène. Je suis emmené dans une pièce étonnante d'un immeuble ancien dans laquelle, malgré la chaleur insupportable, nous avons la chance de recontrer le leader du groupe, Dave Matthews, occupé à répondre poliment à des journalistes ( ayant en fait quelques difficultés à lancer la conversation ).
A cet instant, un membre du staff de DMB m'appelle sur le côté et me mène droit dans les loges : air-co, de style Moyen Orient, ou règnent un silence merveilleux et une sensation de quiétude incroyable. Nous tirons le dernier rideau et enfin, dans une lumière tamisée, apparait Carter, déjà au fait de l'interview. Il est occupé à envoyer un message sur son portable, il ne m'a jamais vu auparavant, et pourtant il me salue avec à l'appui un sourire complice. On blague sur son message et on commence à discuter. Ce qui m'impressione le plus, à part sa gentillesse, c'est son incroyable enthousiasme, on dirait un débutant tout excité. C'est un véritable fan de tout ce qui touche à la batterie, les batteurs, et fan de son propre groupe! Nous avons 20 minutes, qui vont vite devenir 45 au fil des points de vue échangés. C'était comme discuter avec un ami, si passioné par ses histoires de musique et de batterie. Il est comme ça, pas avare de son temps même lorsqu'il s'agit de faire valoir ses opinions et points de vue personnels, mais toujours en gardant un profond respect pour la personne en face de lui. Carter est définitivement la personne la plus charmante et sympathique qu'il m'ai été donné de rencontrer. Plutôt qu'une interview, c'est une vraie conversation à travers laquelle nous avons parlé de choses en profondeur, et si nous n'avions pas été interrompus, cela aurait pu continuer encore longtemps.
Comme je sors des loges, Carter me parle toujours et garde un contact visuel, avec cet incroyable sourire que nous connaissons tous. J'en garderai un souvenir merveilleux, bien sûr... jusqu'à notre prochaine rencontre.
Carter, pourquoi cela vous a-t'il pris autant de temps pour revenir en Italie ?
( rires ) C'est quelque chose que nous envisagions depuis longtemps. Laisse-moi réfléchir... c'était en ...
..1998..
Exact! Ca fait longtemps, trop longtemps! ( nous marquons une pause afin qu'il puisse envoyer son message).
Je dois t'avouer que je suis très excité à l'idée du concert de ce soir, tout particuliè- rement après avoir écouté votre dernier album, qui est à mon sens un de vos meilleurs.
Moi aussi.
Sur ce nouvel album, le son de ta batterie, et ton jeu, sont vraiment mis en avant, plus que sur les opus précédents. Je sais que Rob Cavallo marque une profonde affection pour ta manière de jouer.
On a toujours essayé de se focaliser sur la batterie dans notre musique. Lorsque j'écoute ce que Dave, Stefan et Boyd jouent, et Leroi quand il était là – et croyez-moi, je les écoute toujours - je copie ce qu'ils font. En général, on enlève les parties les plus bruyantes et tous les petits trucs spontanés dans les enregistrements finaux, et ce pour des raisons de production, et je trouve cela très dérangeant car les gens ne pourront pas profiter de ces moments de pure interaction musicale. Pour cet album, c'était assez différent, on a essayé de se focaliser sur chaque instrument, plus spécialement sur la batterie, et sur chaque élément de celle-ci. C'est pour cette raison que l'on peut entendre sur cet album tous les moments dont je parlais auparavant. Je suis si content de ce nouveau disque, tout le monde était si impliqué et y a contribué de manière créative. Nous étions tous sur la même longueur d'onde, allant tous dans la même direction, et de ce fait tout s'est déroulé à merveille.
En rentrant plus dans les détails, ta manière de jouer avec le charleston sur cet album est géniale. C'est comme si tu entrais et sortais du groove, mais tout en étant toujours bien là. C'est un sentiment très étrange, très difficile à expliquer.
Je vois ce que tu veux dire. C'est quelque chose que j'ai entendu chez beaucoup d'autres batteurs, et je suis littéralement tombé amoureux de ce style de jeu. Je pense que la syncope et cet espèce de jeu «cassé» peut vraiment amener du mouvement au rythme. Une mesure en 4/4 peut convenir à certains titres. Mais certains autres nécessitent ce jeu de charley pour installer ce dialogue musical avec le groupe, mais aussi avec le public quand je suis sur scène. C'est la chose la plus importante à mes yeux. C'est ainsi que tu peux rendre la chose plus attirante. Quand tu as une conversation, si tu utilises toujours les mêmes mots, tu dis toujours les mêmes choses, et ça devient ennuyant. C'est pourquoi tu as besoin de créativité afin de rendre le tout plus intéressant. Les gens seront plus enclins à être attentifs si ta conversation est intéressante. C'est pourquoi j'aime beaucoup cette manière de jouer. Steve Gadd a toujours été un de mes batteurs favoris, avec Dennis Chambers et un tas d'autres batteurs qui jouaient ainsi. J'ai tiré tt ce que j'ai pu de leur jeu, en y ajoutant mon propre style, utilisant mon propre langage musical. C'est pour cette raison que je joue beaucoup comme ça.
C'est quelque chose d'imprévisible
Oui, imprévisible.
Je dois avouer que je trouve ça super chouette. Afin de te rassurer.... je suis batteur, pas journaliste, donc nous parlons le même langage. ( Carter éclate de rire et me donne une tape amicale du poing en signe d'approbation)
Continuons à parler de ton style. Il semble évoluer conjointement avec ton son. Ca vient juste naturellement...
Oui, c'est juste ! Ca vient avec l'expérience. J'essayais d'imiter mes héros au début; des gars comme Buddy Rich, Billy Cobham, Tony Williams et Lenny White. Ca représentait le son que je voulais obtenir mais je n'y parvenais pas. Essayer de sonner comme quelqu'un d'autre est la chose la plus difficile qui soit, car c'est leur son et il vient de leur personnalité, et je n'en n'étais pas vraiment conscient au début. Au fil des années j'ai réalisé que tout doucement je développais ma propre identité musicale et mon propre style, tout en travaillant à travers leur style. Voilà ou j'en suis aujourd'hui et ce que je suis devenu. C'est quelque chose de magnifique, mais je ne reste jamais sur mes acquis, je cherche toujours à aller plus loin, à évoluer et à trouver ma propre nouvelle voie. J'essaie toujours de rester conscient de ce qui se passe autour de moi et je ne veux pas que mon jeu soit plat. Je veux qu'il soit ma signature, ma marque de fabrique, mais en même temps je cherche toujours à aller plus loin. Bien évidemment, je garde certaines choses inchangées, afin qu'elles fassent partie d'une seule et unique marque musicale.
C'est un point intéressant. Chaque album a un nouveau son, cependant tes principales particularités ne changent pas, tu restes toi-même, toujours en place, et évoluant pas à pas.
Tout à fait, je suis d'accord avec ça!
C'est un super don
Oui, mais c'est très excitant. Au fil des années j'ai écouté un tas de super musiciens, chacun avec sa touche personnelle. Prenons l'exemple de Pat Metheny ou Miles Davis. Tu peux les reconnaitre d'un seul coup, même quand ils ne jouent pas de leur propre instrument. Un exemple classique est Michael Brecker; il pouvait tout à coup déposer son sax ténor et jouer de l'EWI ( Electric Wind Instrument ), qui est un instrument éléctronique totalement différent, mais tu peux être sûr que c'est Michael Brecker qui joue, sans aucun doute. Tu peux aussi l'entendre d'un ordinateur, tu sera toujours certain que c'est lui. Je me suis toujours dit : «pourvu que j'atteigne vite ce niveau-là question jeu et son»,pour que les gens disent : «Hé, ça, c'est Carter!», même si je joue différement. C'est comme ça que je vois les choses, constamment en progression pour atteindre un tel niveau.
C'est comme quand tu écoutes des démos et que tu es capable de reconnaitre quel producteur ou quel musicien a travaillé sur les parties de batterie.
Oui, tout à fait !
Etant le fan de DMB que je suis, j'aimerais que l'on parle de cette complicité très spéciale qui existe entre toi et Dave, je veux parler de tous ces petits signes entre vous durant les concerts
Oui, ça se passe tout le temps...
J'ai déjà posé la question à Dave, mais j'aimerais avoir ta propre opinion là-dessus (Carter éclate de rire). Cela a-t'il à voir avec l'optique de combiner deux personnalités ? Que peux-tu nous en dire ?
Tu as raison. Quand on a monté le groupe il y a vingt ans, On vivait ensemble Dave et moi,
il était mon colocataire, et on avait beaucoup de choses en commun. C'était vraiment incroyable!
Quand je l'ai rencontré à l'époque, je trouvais ça vraiment bizarre que l'on soit si semblables.
On était comme deux frères, très proches l'un de l'autre et ça a toujours été comme ça sur scène.
J'ai toujours été attentif à sa manière jouer et de chanter, que j'ai toujours trouvé unique.
Je me suis dit : « c'est ce qu'il me faut! ». Et ça parceque j'ai toujours adoré ce jeu syncopé, en
changeant le tempo, enlevant une mesure pour la remettre ensuite plus tard. On essaie toujours
de faire ce genre de plan, on prend quelque chose et on le décortique pour rendre notre musique
plus intéressante, ensuite quand le but est atteint on se regarde et on échange un fist bump
( Un "fist bump", c'est ce geste amical avec les poings qu'affectionnent certains sportifs ou
rappeurs. Celui qu'ont échangé Obama et son épouse le soir de sa victoire des primaires
démocrates fait le tour de la toile américaine aujourd'hui, qui s'émerveille de la complicité du
couple).
C'est quelque chose de difficile à expliquer. Mais j'avoue que ça se produit avec les autres
membres du groupe aussi, ça se produit juste avec Dave plus souvent car on a vécu pas mal de
trucs ensemble, musicalement et personnelement. On se connait si bien, sur et en dehors de la
scène.
On aime et détèste les mêmes choses, on est comme des jumeaux, ça en devient presque
angoissant ( rires ). C'est comme ça que je vois la chose, et c'est plutôt marrant, spécialement
lorsqu'on doit faire face à un problème sur scène. C'est toujours intéressant de voir de quelle
manière chancun s'en tire et comment on parvient à en tirer quelque chose de bon.
Dernièrement, on a travaillé beaucoup là-dessus. Il arrive même parfois que de nouvelles
chansons sortent de ce genre de situation. Ce n'était pas évident au début, on apprenait encore
à se connaitre chacun musicalement, mais après vingt années passées ensemble, c'est quelque
chose qui est devenu plus facile, ça devient plus enrichissant et amusant. Alors quand on
échange un fist bump, c'est parceque quelque chose de magique s'est passé entre nous; on se
regarde et on se dit : « j'ai entendu ce que tu as joué, c'était génial! »
Même parfois on le fait pendant que l'on joue, juste parceque l'on veut exprimer que l'on
est d'accord avec l'autre. Le fist bump à la fin d'une chanson signifie : « ça, on le refera! ».
C'est vraiment marrant et je profite vraiment de chaque instant dans ces cas-là.
On a commencé ce groupe il y a maintenant vingt ans, et cela a été comme voir un enfant
grandir; on a semé les graines, on les a vues germer, et maintenant on le regarde pousser.
Mais je pense qu'il n'est pas encore mûr. On n'est même pas encore prêt de l'être, nous avons
encore beaucoup de choses à faire et cela va nous prendre du temps...et c'est merveilleux de
pouvoir se dire ça. Il y a encore du chemin à faire, musicalement beaucoup de choses vont
encore être produites, et sur ce point, je pense que je peux parler au nom du reste du groupe.
On veut juste prendre notre temps et attendre le bon moment pour sortir toutes ces merveilles.
Beaucoup de bonnes choses vont arriver, on commence juste à gratter la surface.
Ca fait plaisir à entendre... mais changeons de sujet : vous très populaires aux Etats-Unis, et votre succès est sans aucun doute dû aux innombrables concerts donnés, cependant vous êtes moins connus ici en Europe et vos concerts moins fréquents; alors vous verra-t'on plus souvent à l'avenir ?
Bien sûr. Les deux dernières tournées se sont limitées à quelques villes en Europe car nous voulions voir comment cela se passait, et la réaction des gens a été formidable. Ca a été notre meilleure tournée, notre plus grosse : on a décidé de rajouter des dates en Europe, la réponse a été incroyable, totalement inattendue. On s'est dit que quelque chose se passait ici, et on a été plus loin dans la démarche tant que faire se peut. A mon avis, on arrivera un jour aux mêmes tournées qu'aux USA. J'ai de bonnes raisons de croire que cela marchera, nous devons nous concentrer sur l'Europe, lui donner l'attention qu'elle mérite, juste comme on l'a fait aux USA il y a quelques années. Ce ne sera pas évident, mais c'est le prix à payer pour obtenir un bon résultat. Nous sommes prêts pour ce nouveau challenge, on a d'ailleurs rencontré des tas de gens ici qui sont de vrais fans.
Je suis certain que vous gagnerez ce challenge...
Moi aussi! On a vraiment eu un super retour des fans et leur nombre ne fait que d'accroitre chaque jour, principalement dû à un incroyable phénomène de bouche à oreille. Beaucoup de gens qui sont venus à nos concerts en parlent à des amis, alors il y a un tas de personnes qui travaillent pour nous, nos fans! Vous verrez, ça va être géant!
Je pense aussi que votre notoriété aux USA dûe a votre omniprésence sur scène est quelque chose de très positif, tout spécialement ces derniers temps, où des groupes deviennent célèbres sans aucun travail de fond et les qualités nécessaires pour durer dans le temps.... vous devriez être un exemple pour les autres groupes.
Exact! Totalement d'accord avec toi. C'est la clé de la réussite, et c'est la raison pour laquelle
on va tourner de plus en plus ici à l'avenir. Beaucoup de groupes apparaissent un beau jour
comme des élcairs dans le ciel et sont très éphémères, et je pense que la raison est parcequ'ils
n'ont pas travaillé correctement, n'ont pas planté les graines. Vous devez tourner, jouer de
votre mieux, vous devez planter les graines et faire des sacrifices, alors tout ce travail accompli
portera ses fruits. Les fans sentiront votre motivation, vous feront vous sentir meilleur et ils
deviendront des fans totalement dévoués à votre cause.
Carter, revenons au nouvel album, je sais que l'enregistrement s'est déroulé en deux phases, la première l'année dernière, et la seconde au début de cette année. Comment cela s'est-il passé ? Les deux sessions ont-elles vraiment été différentes ?
Il y a eu trois sessions d'enregistrement, en fait. Dans un premier temps, on s'est vu Dave et moi : il m'a montré certaines de ses idées et je suis tout de suite rentré dedans. Ca, c'était à Charllotesville, en Virginie, dans notre studio, ou on a fait les premières jams sur ses idées, pour voir ce qui pouvait en ressortir. Leroi était là aussi, et on a commencé à jouer ensemble et essayer certaines idées. Ensuite on est allé à Seatlle, ou on a commencé à assembler certaines choses, et c'est vraiment là qu'il y a eu le point de départ. Là on s'est rendu compte que l'on avait vraiment de bonnes choses sur lesquelles travailler. On s'est donné un maximum d'espace pour la créativité, l'écriture et les jams, prenant le temps de développer les chansons jusqu'à ce qu'elles soient prêtes à être enregistrées. On étaient vraiment sur la même longueur d'onde. Puis on est descendu à la Nouvelle Orléans, on a joué les morceaux ensemble dans leur entièreté et puis on les a enregistrés. Rob Cavallo était avec nous là-bas, lui qui a ajouté sa touche magique aux morceaux, et là, boum, on avait l'album en main. Tous ces gens qui ont travaillé pour nous, tous dans le même sens, tout le monde, même les cuistots , nous ont aidé à construire ce mur et ont été les témoins de l'évolution de notre travail durant les mois passés là- bas. Tout le monde a été témoin de la création et du développement de ces titres, qui à la fin ont formé un seul super album que l'on a présenté au monde entier. C'était incroyable, chacun s'est beaucoup investi dans cet album, et cela s'entend quand tu l'écoutes. On ne trichera jamais avec nos fans, on a donné tout ce que l'on avait pour cet album. Il parle de nous, de ce qu'on a dans nos coeurs, et ce qu'on a vécu depuis vingt ans. Tu peux entendre tout cela dans notre musique : Charlottesville, Seatlle, et certainement la Nouvelle Orléans. Notre ami Leroi Moore, récemment décédé, est présent lui aussi sur cet album. Les hauts et les bas auxquels on a fait face, tout cela s'y trouve aussi. Une autre chose qui m'a beaucoup impressionné est les efforts que Dave a fait pour réaliser la pochette du disque. C'est tout bonnement incroyable. Quand je l'ai vue pour la première fois, je suis resté sans voix, parce que j'ai pensé au temps et à l'effort dont il a eu besoin pour faire ces dessins. Cela a dû lui prendre des jours, des semaines, peut-être plus pour avoir au final une véritable histoire. Si tu l'observes bien en écoutant l'album, cela peut t'emporter vraiment loin : c'est un des grands aspects de cet album. Mais j'insiste, ce n'est pas fini... D'autres choses viendront. Tu verras.
Génial!
Comme je te le disais auparavant, on commence juste à gratter la surface, il y a encore beaucoup à venir. Malheureusement, on a eu à faire face à la perte de notre ami Leroi, mais parfois c'est comme ça. Vous vous réveillez de ce mauvais rêve et la lumière est là. Lorsque ce genre de choses arrivent, vous traversez de terribles moments qui vous permettent d'apprendre énormément, mais vous devez les traverser pour apprendre, et je pense, qu'au final, on a compris certaines choses. Tu verras, il y encore beaucoup à faire...
C'est très intéressant, de mon point de vue, de te voir jouer avec ta main gauche sur le charley et la ride sur un kit de droitier, parceque je joue comme ça aussi..
Ah, ça c'est intéressant...
Parfois, tu fais un truc encore plus intéressant, tu joues croisé
Tout à fait! C'est quelque chose que je fais de temps en temps...
Comme, par exemple, dans « Crush », ce type de jeu reste malgré très intéressant, le phrasé en particulier...
Oui, c'est quelque chose que je soigne, peut-être la plus importante. Quand je joue croisé, il m'arrive parfois de remarquer et de sentir des choses que je n'aurais pas pu voir si j'avais joué décroisé. Le fait de jouer croisé ou décroisé dépend de ce que je veux faire passer comme émotion à tel ou tel moment. Il existe toujours une structure de base à laquelle je greffe l'un ou l'autre style, tout dépend du morceau joué. A part « Crush », je joue aussi croisé sur « Pig »...
...et aussi sur « Stay »...
Juste! Tu parviens vraiment à savoir quand je joue croisé. Ca arrive parfois, quand je veux faire passer quelque chose de différent. Ca dépend aussi de comment je me sens et ce que je veux exprimer. Lorsque tu joues croisé, c'est tout autre chose. Je pourrais le faire sur chaque morceau, mais je préfère garder mon propre style.
Peut-on affirmer que sur certains titres, ton jeu est naturellement croisé, plutôt que de l'ouvrir?
Oui, certainement, mais encore une fois, tout est basé sur le feeling par rapport au morceau. Parfois, c'est aussi parceque c'est simplement plus facile de jouer comme ça. Prenons l'exemple de « Pig », tout ce groove syncopé est naturellement plus facile à jouer croisé, même si je peux le jouer décroisé. Cela a peut-être à voir avec le fait que je suis paresseux! ( rires) C'est très fun d'un peu bousculer les règles établies avec ce genre de plan, c'est le côté magique d'être musicien. Toujours chercher à se surpasser, à aller plus loin, être capable d'être créatif, là sont les choses qui me semblent les plus importantes. Le truc c'est d'essayer d'être créatif, de rendre ce que tu joues intéressant pour celui qui t'écoute, et c'est valable pour toi aussi, et ainsi pas moyen d'entrer dans de la routine. Je deviens fou quand je m'ennuie; mais bon dans ce groupe j'ai pas vraiment le temps de m'ennuyer, musicalement parlant, il y a sans cesse ces moments merveilleux qui font que tu n'as pas le temps de penser à autre chose. Aussi longtemps que je resterai avec mes potes, tout ira bien.
T'arrives-t'il, en observant un batteur jouer de manière plus traditionnelle, avec un jeu
croisé, de reprendre certaines de ses idées, de son style, et d'essayer de les convertir à un
jeu décroisé, pour tester de nouvelles idées? A moi, ça m'arrive pas mal....
Oui, tout le temps. Cest une partie majeure de ce que l'on fait, parceque tu écoutes et tu joues d'une manière complètement différente. Quand je joue décroisé, ma main droite joue le rôle du soliste, elle peut jouer n'importe quel tom ou cymbale, et je peux jouer ce que je veux, tout ça pendant que ma main gauche joue sur le charley ou la ride, et la caisse claire en même temps. J'utilise aussi ma main droite pour tous les accents sur les splash, ou les autres éléments du kit, le tout n'est pas de jouer absolument quelque chose de terribe, mais d'accompagner certaines parties. C'est pour cette raison, que j'ai changé ma manière de jouer il y a quelques années. J'ai commencé à jouer décroisé, je me sentais bien avec ce genre de jeu, et ça m'a permis de développer le tout beaucoup plus. Je peux toujours jouer croisé, c'est quelque chose qui me demande plus d'effort, mais ça me permet d'autres choses question créativité, ça amène d'autres sensations, et à partir de là, tout semble différent. Il m'arrive, quand je joue croisé, de penser que ce n'est pas moi qui joue, mais un autre batteur!
C'est une sorte d'expérience extra-corporelle...
C'est vrai, c'est juste ce à quoi je pensais! C'est vraiment comme ça que je le ressens. Et ça te fait prendre conscience que tu es bien vivant, d'être honnête avec toi même, de ne pas t'engager sur une seule voie. Le risque, c'est de tout le temps jouer la même chose, de la même manière sur chaque morceau. Et quand il t'arrive de rejouer croisé, alors là tu dis : « ah, ok!» Et c'est là que tu sens toute la différence de jeu.
Carter, j'espère que vous sortirez un dvd de cette tournée : je suis vraiment curieux de vous voir jouer, le nouvel album est un de mes favoris avec Before These Crowded Streets...
Je suis certain que quelque chose sortira de cette tournée européenne, on ne l'a jamais fait avant, et le groupe joue comme jamais il ne l'avait fait auparavant, tout tourne à la perfection. On vient de jouer des chouettes concerts en Angleterre, en France et à Montreux. Tu verras, il y aura quelque chose.
S'il vous plait, ne nous faites plus attendre si longtemps pour un nouvel album...
( rires) Comme je viens de le dire, on a joué à Montreux l'autre soir et c'était terrible : le concert a été enregistré en HD, vidéo et audio, j'ai pu voir quelques extraits, et je t'assure, c'était absolument incroyable, et le son était parfait.
On veut voir ça!
Tout le monde veut que ça sorte! J'en ai parlé aux autres, on a les droits audio et vidéo, et c'est une bonne chose, parcequ'on peut le sortir comme et quand on veut. Je suis sûr que ce show sortira.
- SET UP -DRUMS & HARDWARE
Yamaha:
- 20" x 18" bass drum
- 8" x 8" tom
- 10" x 9" tom
- 12" x 10" tom
- 14" x 12" tom
- 16" x 16" floor tom
- Yamaha(Prototype) 14" x 6,5" snare drum
DW 9002 Series double bass drum pedal
DW Hardcore beaters
DW 9000 hi-hat stand
DW Kick drum trigger
10" x 6" Purple Titanium Dunnett snare drum
13" x 7" Titanium Dunnett timbale
timbale LP
Hand Percussion Remo
DRUMHEADS
Remo Clear Emperor sobre Ebony Ambassador
Powerstroke 4 Kick Drum
DRUMSTICKS
Pro-Mark Carter Beauford Signature Series Hickory 5AB
ELECTRONICS
Hart Electronic drum pads and triggers
CYMBALS
Zildjian:
- 14" K Dark Crash Medium Thin
- 20" A Custom Flat Ride
- 20" A Projection Ride
- 13" Hi-Hats (K Dark Custom Top & Z Dyno Beat Bottom)
- 6" Zil-Bell
- 18" K Dark Medium Thin Crash
- 17" K Prototype
- 10" A Custom Splash
- 19" K China 20" over a Oriental Classic China
- 8" A Splash over a 10" K Splash
- 9" Oriental Splash
- 20" Crash of Doom
- 14" K China with 4 rivets
- 18" K Prototype
- 14" ZXT
L'histoire de Carter Beauford débute un soir ou son père, n'ayant pas pu trouver de baby-sitter, l'emmène voir un concert de Buddy Rich. Carter se souvient que cet à partir de ce moment qu'il a décidé qu'il voulait faire ce métier pour le reste de sa vie. Son père était trompettiste, et l'influence qu'il a eu sur son fils pour devenir musicien a été déterminante.
Né à Charlottesville, en Virginie, sa première prestation en tant que professionnel arrive à l'âge de neuf ans, dans un groupe de fusion dirigé par Big Nick Nicholas.
Membre actif dans un groupe fusion, « Secrets », ( et en même temps batteur pour un show télévisé du pianiste Ramsey Lewis, pour la chaine Bet On jazz), cette activité fut déterminante car un spectateur assidu de leurs concerts n'était autre que Dave Matthews, qui quelques temps plus tard les impliqua ( Beauford et Leroi Moore, saxophoniste) dans du matériel qu'il avait écrit. Carter se souvient d'avoir trouvé ce que Matthews avait composé à la fois intéressant et fascinant par le côté original de l'écriture.
Tout se passa très vite et il se retrouva en studio ( avec un très jeune Stefan Lessard ) pour enregistrer quelques titres qu'ils voulaient faire entendre à leurs amis impliqués dans le projet, de voir leur réaction et avoir leur opinion. Ce fut un carton dès le début, et l'Histoire a fait place aux exploits d'un des groupes les plus populaires et originaux de la planète : le Dave Matthews Band. A partir du moment ou leurs concerts furent plus fréquents, Carter arrêta son job de batteur pour Bet On Jazz. Depuis, Carter a collaboré à plusieurs albums d'artistes comme Santana, John Popper, Victor Wooten et Robin Andre.
Durant la conférence de presse, j'ai eu l'occasion de demander à Dave de nous parler de l'incroyable relation qui le lie à Carter Beauford. Ses yeux se sont subitement allumés et voici ce qu'il m'a répondu:
« En ce qui concerne cet album, mais également pour d'autres choses que l'on a écrites auparavant, certaines chansons ont été créées en se demandant comment Carter pourrait les jouer, et aussi certaines sont issues d'impros faites ensemble. Quand j'écris mes chansons je suis toujours très excité juste à l'idée de savoir comment Carter va les jouer. Un exemple flagrant en ce qui concerne les nouveaux morceaux est le titre « Seven ». Une chanson très compliquée à cause des changements de tempo, mais il est parvenu à rendre ça si fluide, à rendre la musique si simple que ça te donne envie de danser, au lieu de compliquer tout. Carter est un musicien très intelligent et un artisan de son instrument. Il existe beaucoup de musiciens capables de montrer leur savoir-faire, mais il en existe peu qui peuvent te faire comprendre ce qu'ils jouent ».
Conception by Corsina Andriano (Con-Fusion) and Rodrigo Simas (DMBrasil). Layout and pictures by Rodrigo Simas. Original interview in italian by Roberto Baruffaldi. Translation to english by Benedetta Copeta, Carla Melis and Riccardo Ranzato (Con-Fusion). Translation to portuguese by Nathalie Colas (DMBrasil). Translation to spanish by Miguel Angel (DMBLA). Translation to french by Paul Hebert (Proudest Monkeys). Programming by Leonardo Soares (DMBrasil). Special thanks to Corsina Andriano and all the Con-Fusion staff & to Miguel Angel from DMBLA.